L'Ombre Blanche
C'était une nuit helvète, une étrange nuit.
La vallée somnolait, c'était enfin minuit.
Platitude, obscurité, et silence cruel,
Blanc et noir s'abandonnaient à un nouveau duel.
Des herbes, j'ai cru voir le pas d'une aveugle,
Marchant sur un beau tapis de fleur, qui beugle
« Soit maudit être obscur ! Qu'es-tu pour piétiner
La beauté ? » _ « Fleurs, j'ai été doté de la vie,
Mais l'ordre créateur, ce Poète, - à mon avis –
A oublié d'y ajouter un sens, une portée... !
J'erre dans l'ombre, défigurée, enrobée
D'un tissu sombre et sale ! A la recherche
De la puissance qui me tendrait une perche. »
Silence ; elle s'en alla, et arracha une fleur,
Qu'elle relâcha aussitôt, éprise de stupeur.
Sa quête sempiternelle s'achevait ici ;
Face au céleste, elle s'écria « Lune, me voici ! »
Ses habits tombèrent comme des pétales mûrs,
Un à un, dévoilant -- libéré de l'armure --
La sombre décrépitude de son corps blessé.
Ce feu lunaire, sa noirceur l'avalait, exaltée
Elle demeurait noire, malgré la blancheur de l'air.
Nue pour la lune, les cheveux tombant sur sa chair,
Cette femme c'était le messie des poètes –- j'en flanche --
Derrière elle, son ombre était blanche !


